Compte-rendu final du projet :

Valorisation de la jacinthe d’eau par la culture de champignons au village de Phu An (Vietnam)

 

En Avril 2015, AIDEV a déposé un projet pour demande de subvention au FORIM (Forum des Organisations de Solidarité Internationale Issues de l’Immigration) pour soutenir des paysans pauvres du village de Phu An (Binh Duong). Ce projet a obtenu en Octobre 2015 une dotation de 11400 euros, pour une durée de un an.

Le Compte rendu ci-après rend compte de cette action et des résultats obtenus

 

Rappel historique et objectifs de ce projet

Depuis de nombreuses années, la jacinthe d’eau envahit les cours d’eau de la province de Binh Duong (Vietnam). Cette plante flottante représente une menace pour l’environnement aquatique, et perturbe les activités des paysans de la région, gênant la circulation fluviale et la pêche. Le village de Phu An, en bordure de deux cours d’eau, la rivière Saigon et la rivière Thi Tinh, est particulièrement touché par ce fléau.

Ce projet est né d’une volonté commune du Centre de Recherches pour la Conservation des Ressources Naturelles de Phu An (CCRN, une annexe de l’Université des Sciences Naturelles de Ho Chi Minh ville) et de la population de Phu An de limiter la prolifération de la jacinthe d’eau dans les rivières tout en la valorisant par une activité génératrice de revenus.

Parmi les solutions possibles, la culture de champignons sur support de jacinthe d’eau a été choisie car adaptée aux conditions socio-économiques de la région. Les populations-cibles sont des familles pauvres de Phu An, en particulier les femmes.

Pour responsabiliser les paysans bénéficiaires et pour pérenniser le projet, nous avons décidé d’adopter un système de micro-crédits à taux zéro. En accord avec les paysans producteurs, un délai de 12 mois sera fixé pour le remboursement du prêt, l’échelonnement des remboursements sera également discuté et accepté par tous. L’Union des Femmes de Phu An assurera la gestion des micro-crédits.

Les actions réalisées

Avec le budget disponible, il a été possible de faire bénéficier dix familles paysannes pauvres du village de Phu An.

4 types d’actions ont été réalisés :

1-  Former les paysan(ne)s à la culture des champignons sur jacinthe d’eau et leur fournir l’assistance technique nécessaire

2-  Acheter le matériel et construire les abris de culture pour 10 familles du village Phu An

3- Avec l’appui de l’Union des Femmes locale, créer un groupe d’entraide entre les familles.

4-  Appuyer les paysans producteurs dans la mise en place d’un réseau de vente des champignons et les aider dans la gestion financière.

Formation :

Comme les paysans de Phu An ne possèdent que des petits lopins de terre, la technique de culture des champignons en sacs plastique qui permet un encombrement minimal a été choisie (un abri de 30m2 permet de suspendre 2000 à 2500 sacs). Un professeur de l’Université des Sciences Naturelles de Ho Chi Minh ville, spécialiste des champignons, le Pr Pham Thanh Hô, a formé les 10 paysans (8 femmes et 2 hommes) à la culture des champignons en sacs plastique. Des étudiants de maîtrise ont également suivi cette formation. Ils épaulent les familles paysannes pour les réalisations pratiques et la gestion financière. Un manuel technique a été réalisé, ainsi que des affichettes pour la promotion des champignons.

 

Construction des abris pour la culture des champignons

D’après les plans techniques du Pr Hô, les abris ont pu être construits pour les dix familles. Les travaux ont été effectués par les paysans eux-mêmes, avec l’aide du personnel du Centre de Recherche pour la Conservation des Ressources Naturelles de Phu An. Chaque abri fait 4m sur 8m. Par mesure d’économie et également par souci écologique, la structure est en bambou, le toit en feuilles de palmier nypa (palmier des mangroves).

 

Attribution et gestion des micro-crédits

Avec l’enveloppe financière disponible, 10 familles en tout ont pu bénéficier du microcrédit.

Afin de responsabiliser les paysans bénéficiaires et pérenniser le projet, nous avons adopté un système de micro-crédits à taux zéro. Pour démarrer, une somme de 20 millions de VND (environ 830 euros) est nécessaire : 10 millions pour la construction de l’abri et  10 millions pour la confection de 2000 sacs de culture, la fabrication d’un stérilisateur artisanal et l’achat du petit matériel divers.

En accord avec les paysans producteurs, un délai de 12 mois a été fixé pour le remboursement du prêt, l’échelonnement des remboursements dépendra de la situation de chaque famille. L’Union des Femmes de Phu An assurera la gestion des micro-crédits. Un contrat est signé entre chaque famille et le CCRN, avec les droits et les devoirs de chacun .

Les dix signataires du côté des paysans sont :

1) Mme Trinh thi Mai

2) M. Nguyen van Doc

3) Mme Ngô thi Tôi

4) M. Lê van Hiên

5) Mme Vuong thi Lanh

6) Mme Dang thi Duoc

7) Mme Do thi Lan

8) Mme Nguyen thi Thu

9) Mme Huynh Do Ai Lan

10) Mme Nguyen thi Duoc

A la date d’aujourd’hui (Janvier 2017), 3 familles ont remboursé les prêts (n° 3, 4, 7), au bout seulement de 9 mois de production. Les autres familles sont financièrement capables de rembourser le prêt, mais souhaiteraient un délai supplémentaire, qui leur permettrait d’investir immédiatement dans une nouvelle unité de production et doubler ainsi leurs revenus. Les responsables de l’Union des Femmes de Phu An et du CCRN étudieront chaque cas et soumettront leur décision à l’avis d’AIDEV.

 

Production des champignons et commercialisation

La culture des pleurotes en sacs plastiques a été un grand succès : le rendement moyen est de 300g par sac, à raison de 2000 sacs par abri, la production totale au bout de 3 mois est de 600kg, vendus 30000VND le kg, soit un revenu brut de 18 millions de VND, et compte tenu des frais de fonctionnement, un bénéfice net d’environ 13 millions VND par cycle de production.

Cette première année, malgré le temps passé à la mise en place du programme (formation, construction des abris de culture, achat de matériel…), il y a eu 3 cycles de culture. Le revenu net moyen par famille est de 39 millions de VND. Après remboursement des prêts, il reste aux familles un bénéfice net de 19 millions VND. Pour les années suivantes, en comptant 4 cycles de production, chaque famille pourra gagner 52 millions de VND, soit un revenu supplémentaire de plus de 4 millions de VND par mois.

Les champignons sont vendus, soit au détail par les paysannes elles-mêmes, soit livrés au CCRN qui se charge de les vendre en gros.

 

Appréciations et enseignements

Le projet répond à une réelle attente du partenaire et de la population locale. Il a permis à une main d’œuvre sous-employée (essentiellement féminine, composée de femmes jeunes restant au foyer pour garder un petit enfant ou de femmes plus âgées non qualifiées ou retraitées) d’avoir un travail pas trop pénible, peu contraignant au point de vue horaire, et d’améliorer significativement les revenus de la famille. Cet apport a ainsi conforté la place et le rôle de la femme au sein de la famille et de la société.

Les partenaires locaux (CCRN, Union des Femmes) se sont engagés à fond dans ce projet. Grâce à leur dévouement, ils ont su mobiliser et motiver les paysannes, qui à leur tour, ont su convaincre leur mari de les laisser s’engager (et éventuellement de les aider) dans cette entreprise.

Grâce à une bonne formation de départ, et un encadrement efficace des chercheurs du CCRN, les paysannes ont rapidement maîtrisé la technique de culture des champignons en sacs plastique, et le programme s’est déroulé dans les délais prévus, le rendement des récoltes de champignons progresse tout au long de l’année et la production moyenne obtenue est actuellement très satisfaisante et stable. La demande du marché local en champignons cultivés dans des conditions « propres » est actuellement très élevée, en particulier les jours de fête bouddhique. Les paysannes n’ont donc aucun mal à écouler leurs productions. Elles sont capables dès cette première année de rembourser leur prêt. Le retour sur investissement est donc assuré rapidement.

Grâce au soutien technique du CCRN et l’entraide mutuelle entre les paysannes, il n’y a pas eu de difficultés particulières, mais les résultats sont inégaux  selon les familles. Les rendements les moins bons sont obtenus par une dame dont le mari est décédé et le fils a un léger handicap psychologique. Le CCRN a décidé de l’aider plus particulièrement, en suivant de plus près son travail. Les chercheurs du CCRN estiment cependant que cela est normal, que c’est encourageant pour un début, les paysannes étant encore peu entraînées à cette nouvelle technique. Ils pensent que les rendements seront améliorés, ce qui augmentera significativement les bénéfices pour tous.

Raisons du succès

Nous pensons que le succès du projet  tient à plusieurs raisons :

1) La réussite de ce projet tient d’abord au fait que l’initiative vient du partenaire du Sud : C’est  une idée qui tient à cœur au CCRN et il est prêt à tous les efforts pour qu’elle devienne réalité. En 2014, avec une aide financière d’AIDEV (2000 euros), le CCRN avait mis au point la technique de culture des champignons sur jacinthe d’eau. Ce projet financé par le FORIM constitue en fait la deuxième phase d’un programme plus global : aider les paysans  du village de Phu An de sortir de la pauvreté en utilisant la main d’œuvre sous employée, essentiellement féminine. Avec l’aide financière obtenue, le CCRN a donc atteint cet objectif.  Grâce à son enthousiasme, il a réussi à motiver les paysannes et les persuader de s’engager dans une entreprise nouvelle, novatrice et rentable.

2) Chaque partenaire a un rôle bien défini dans l’organisation : le CCRN apporte bénévolement l’aide scientifique et technique, l’Union des Femmes la garantie institutionnelle, les paysans et paysannes profitent de la totalité du produit de leur travail.

3) Les moyens matériels ont permis le bon déroulement du projet et une bonne efficience de l’investissement. Le budget est maitrisé et utilisé à bon escient.

4) La réussite de ce projet tient également à des facteurs objectifs : Phu An est situé dans une province industrialisée, avec une forte demande en produits agricoles. Les champignons sont très appréciés, surtout les jours de jeûne bouddhique (les 1er et 15 du mois lunaire, où l’on mange végétarien), et les champignons cultivés en sacs sont des produits « bio », qui ont de plus en plus la faveur des consommateurs vietnamiens.

 

Pérennisation du programme

Le système de microcrédits, bien encadré par le CCRN et l’Union des Femmes de Phu An, permet d’assurer chaque année d’élargir le nombre de bénéficiaires. A la fin de l’année 2016, 3 familles ont déjà remboursé la totalité de leur prêt. A chaque fois qu’un prêt est remboursé, une autre famille pourra bénéficier du programme. Au vu des résultats obtenus par le premier groupe de familles, d’autres candidats sont déjà sur les rangs. Le CCRN et l’Union des Femmes de Phu An veilleront à privilégier les familles les plus pauvres.

Ce programme est conçu pour s’inscrire dans la durée. Selon la demande du marché et les capacités de vente, le CCRN envisage de chercher des financements supplémentaires afin d’élargir le cercle des bénéficiaires et augmenter la production. Il projette également de former les paysans à la culture d’autres espèces de champignons, de plus grande valeur commerciale, pour diversifier les productions et prévenir les aléas du marché. 

D’ores et déjà, des essais expérimentaux ont été effectués au CCRN afin d’augmenter la rentabilité : Au lieu de jeter les sacs après la culture des champignons, les sacs en plastique sont vendus pour recyclage, le substrat est utilisé pour fabriquer du compost avec l’aide de vers de terre. Ce compost peut alors amender le sol pour cultiver des légumes, par exemple. Le contenu des sacs peut également être mélangé à des fibres de jacinthe d’eau pour cultiver des champignons de paille. Cette façon écologique (et économique) d’exploiter au maximum la jacinthe d’eau, proposée par le CCRN et testée par une des paysannes, Mme Trinh thi Mai et son mari, a été un grand succès et a remporté l’adhésion de tous.

Les relations étroites entre le CCRN, l’Union des Femmes, l’élévation du niveau de vie acquise par les familles paysannes de Phu An, assureront donc la pérennisation de ce programme.

 

CONCLUSION

Grâce à ce projet, un élan nouveau est insufflé au village de Phu An. D’un village pauvre, dont la moitié des habitants (essentiellement les jeunes) travaillent dans des conditions pénibles en usine et sont exploités financièrement, Phu An commence à être connu comme « Village de culture de champignons propres » (Làng trồng nấm sạch). La main d’œuvre féminine, sous-employée, a maintenant du travail à domicile, un travail indépendant, peu contraignant et rémunérateur.

Avec un apport financier minime, un « petit » projet bien réfléchi, avec des acteurs solidaires et engagés, peut donc avoir de « grands » résultats. Un petit groupe de personnes déterminées au départ peut donner une impulsion à un programme de grande ampleur et apporter à terme une modification profonde de la physionomie socio-économique de toute une région. 

 


QUELQUES PHOTOS des REALISATIONS

 

Formation assurée par le Pr Pham Thanh Hô

(Université des Sciences Naturelles de Ho Chi Minh ville)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Construction des abris de culture des champignons

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 


Préparation des sacs de culture et production

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 


Optimisation de l’utilisation des sacs de culture

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Vente et gestion

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 
Les familles bénéficiaires