ASSOCIATION INTERNATIONALE POUR LE DEVELOPPEMENT
                                                             DE L'ENSEIGNEMENT AU VIET NAM ( AIDEV )

 

 

Rapport de mission

« Phytoremédiation des Sols pollués

par les métaux lourds au Vietnam »

 

 

                                                                                            Pham Thi Anh Thu
 

 

1 - ORIGINE DE L’ACTION

Depuis environ une dizaine d’années, de graves problèmes de pollution dus à un début d’industrialisation s’accompagnant d’une urbanisation mal maîtrisée se posent dans de nombreuses régions au Vietnam. Les périphéries des grandes villes, telles Ho Chi Minh Ville, sont particulièrement touchées. Les rejets et déchets d’usine, la circulation dans les grands axes routiers ont abouti à l’accumulation de quantités parfois élevées de toxiques dans l’air, le sol et les eaux.

A côté des réglementations visant à limiter les pollutions (technologies « propres », usines non polluantes, principe du pollueur payeur), des moyens doivent être mis en œuvre pour assainir les régions déjà gravement polluées. Une des solutions modernes et écologiques est d’utiliser les organismes vivants, en particulier les plantes, pour dépolluer les sites contaminés (phytoremédiation).

C’est dans ce contexte qu’a été conçu un projet entre l’AIDEV, l’Université des Sciences Naturelles de HCM Ville et les provinces de Binh Duong et Dong Nai.

Les objectifs de ce projet sont triples :

1) Sensibilisation des populations locales aux problèmes posés par la pollution et aux moyens écologiques de protection de l’environnement en vue d’un développement durable

2) Recherche d’espèces phytoremédiatrices locales et contribution à la compréhension des mécanismes biologiques de l’accumulation des métaux lourds dans les plantes

3) Plantation de ces espèces sur des zones polluées et suivi du niveau de pollution dans le sol.

Ce programme, qui comporte un volet formation universitaire et un volet application sur le terrain, est l’occasion pour la diaspora vietnamienne et les amis français de contribuer à l’amélioration du niveau de recherche et d’enseignement dans ce domaine au Vietnam.

Ce projet a reçu un financement du PRAOSIM (Programme d’Appui aux projets des Organisations de Solidarité Internationale issues de l’Immigration).

 

C’est dans le cadre de ce programme qu’en compagnie de Mme Chantal Passaquet, une collègue de l’Université Paris 12, j’ai effectué première mission au Vietnam du 14 Novembre au 3 Décembre 2006.

 

 2 - VISITE DES ZONES INDUSTRIELLES

Avec le professeur Diep My Hanh, de l’Université des Sciences Naturelles de HCMv, nous avons pu visiter deux zones industrielles, guidées par M. Pham tan Kien, du Comité de gestion des zones industrielles de Bien Hoa (Dong Nai), responsable du Bureau de contrôle des pollutions des ZI.

La ZI de Bien Hoa 2,  une des plus anciennement créees à Dong Nai, ne possède pas de station d’épuration des eaux usées.  Celles-ci se déversent directement dans un canal d’évacuation (photo 1) ou sont même directement répandues à même le sol. Les habitations au voisinage de la ZI sont particulièrement polluées (photo 2).

La ZI Nhon Trach, plus récente, possède une station d’épuration (photo 3), mais les eaux ne sont pas traitées pour la présence de métaux lourds. A la sortie des ZI, l’eau se mélange aux effluents domestiques ; le tout se déverse dans un grand canal et la rivière Thi Vai, une rivière « morte », selon les habitants de la région, reçoit toute la pollution des ZI de  Dong Nai et Binh Duong.

Nous avons proposé au responsable de la station d’épuration de Nhon Trach de mettre dans le bassin de décantation des jacinthes d’eau, dont la capacité d’absorption des toxiques chimiques est connue.

Nos partenaires vietnamiens ont précédemment identifié deux terrains fortement pollués par le plomb, sur lesquels nous avions projeté de réaliser nos essais de phytoremédiation. Malheureusement, au cours de la visite, nous avons eu la surprise de voir que l’un d’entre eux a été bétonné, le propriétaire de l’usine ayant employé cette méthode quelque peu expéditive pour cacher la pollution qu’il avait créée.

Sur l’autre terrain, heureusement intact, des essais de plantation sont prévus, sous la vigilance d’un gardien qui sera rémunéré par le projet.

 

            
             Photo 1 : canal d'évacuation des eaux usées de
                            la ZI de Bien Hoa

 

     Photo 2. Habitations au voisinage des zones industrielles

              

                             

 



 

                                    
         Photo 3 : usine d'épuration des eaux usées de la ZI de 
                   Nhon Trach        

 

         

 

 


              Photo 4 : l'eau de la rivière Thi Vai




     

 

 

 

 

3 – IDENTIFICATION D’ ESPECES PHYTOREMEDIATRICES

 

Dans le cadre d’une recherche de dépollution des terrains contaminés par les métaux lourds par des moyens écologiques, une étude est menée à l’Université des SN de HCMv sur des espèces phytoremédiatrices. Plusieurs plantes sont en essai (photos 4 et 5) dans une station botanique à Binh Duong.

 

      

   
    Photo 5 : Expériences sur des plantes à
potentialités phytoremédiatrices

 

     

 


    Photo 6 : Prélèvement des échantillons par
    les étudiants de l'USN de HCMV pour analyses
    en laboratoire.

                 

 

  
 Photo 7 : Pépinière de multiplication des
     plantes photoremédiatrices.
 




 

 

Parmi elles, nous avons choisi une, particulièrement performante pour l’absorption du plomb, le Lantana camara, pour des études plus poussées en laboratoire. Cette plante est également très intéressante pour sa croissance rapide et ses fleurs décoratives. D’autres espèces sont également de bonnes candidates : une liane de la famille des  Asclepiadacées et un arbuste décoratif , le Mirabilis jalapa

 

4 - ENSEIGNEMENT

 

Des cours et des travaux pratiques ont été dispensés aux étudiants des deux universités, l’Université des Sciences Naturelles de HCM ville et l’Université d’Agronomie et de Foresterie . Une trentaine d’étudiants (niveau Master 2 et des jeunes enseignants-chercheurs) ont assisté à la formation. Durant toute une semaine, les participants ont pu s’initier aux techniques modernes de la biotechnologie, et leurs applications dans le domaine de l’Ecologie. Des gènes en rapport avec la capacité de phytoremédiation du Lantana ont été isolés et caractérisés. Des cours sur la phytoremédiation ont été donnés

 A l’issue de la formation, un examen a eu lieu, qui validera cet enseignement  comme une unité de valeur du programme d’Ecologie du master 2 de l’Université des SN de HCMville

Deux étudiants ont été choisis pour faire leur stage de fin d’études sur le sujet de la phytoremédiation

Des cours de français ont été également donnés par Mme Passaquet aux élèves de la filière francophone d’une école de Binh Duong.

 

 

 



 

 

 



 

 

5 - CONCLUSIONS

 

Cette mission est un premier contact avec nos partenaires vietnamiens. Elle nous a permis de nous rendre compte des réalités du terrain et des difficultés que rencontrent les autorités pour faire appliquer par les industriels les lois sur la protection de l’Environnement. Par ailleurs, nous avons été frappés par l’enthousiasme des jeunes, et leur soif de connaissance.

 

A l’issue des séances de travail avec :

Le professeur Diep My Hanh, (Université des SN) responsable du projet du coté vietnamien

M. Pham tan Kien, du Comité de gestion des zones industrielles de Bien Hoa

Le Professeur Bui Cach Tuyen (Recteur de l’Université d’Agronomie et de Foresterie de HCM ville),

nous avons décidé des actions suivantes pour réaliser le projet :

1)      Parmi les plantes potentiellement intéressantes, deux espèces seront utilisées pour les études de compréhension des mécanismes biologiques ainsi que pour les essais de phytoremédiation sur le terrain. Deux étudiants de l’USN et une technicienne payée par le projet seront responsables de cette partie du projet.

2)      Les études en laboratoire seront réalisées conjointement au Vietnam (Université des Sciences Naturelles et Université d’Agronomie et de Foresterie) et à l’Université Paris 12.

3)      En ce qui concerne les essais sur terrains pollués, nous devrons nous limiter pour le moment à un seul site , car il s’avère que les frais de main d’œuvre, de logistique, de surveillance et d’entretien sont trop élevés en rapport du financement obtenu.

4)      L’enseignement en Environnement et Biotechnologie sera maintenu, un deuxième cycle de formation est prévu pour la rentrée 2007.